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4 spectacles à ne pas rater ce mois-ci

4 spectacles à ne pas rater ce mois-ci

Qu’il s’agisse d’émancipation individuelle, de liberté artistique ou de souffle collectif, ces 4 spectacles ont en commun un même élan : affirmer, sur scène, la puissance d’être soi.

Whether it’s individual emancipation, artistic freedom or collective energy, these 4 shows share the same momentum: asserting on stage the power of being oneself.

Makoumé Superstar : la liberté en étendard 

Flamboyance. Voilà sans doute le premier mot qui vient à l’esprit pour définir Noam Sinseau, nouvelle voix singulière de l’humour contemporain. Avec Makoumé Superstar, il signe un spectacle incandescent — un diamant brut taillé dans l’intime et poli par une extravagance assumée et libératrice. Ce one-man-show dépasse largement les cadres traditionnels du stand-up. Noam y entremêle humour, poésie et voguing avec une aisance remarquable. Les punchlines fusent, précises, ciselées. On rit — beaucoup — et l’on s’émeut tout autant.  Sur scène, Noam se livre sans fard et transforme l’espace en territoire d’affirmation. Il jette au feu les injonctions sociales, les carcans du genre, les normes qui brident et enferment. Le terme « makoumé », historiquement chargé d’insulte, devient ici étendard, retourné comme une arme poétique. Le spectacle est une formidable ode à l’acceptation de soi, à la tolérance et à la liberté. Noam ne cherche pas à provoquer ; il éclaire et on sort du spectacle galvanisé, comme légèrement déplacé intérieurement. Plus léger, peut-être. Plus beau de l’intérieur, sûrement.
Avec Makoumé Superstar, Noam Sinseau ne signe pas seulement un bon spectacle : il impose une voix. Une voix flamboyante, oui — mais surtout nécessaire.

A la Nouvelle Eve jusqu’ au 28 mars et en tournée 

Flamboyance. That’s undoubtedly the first word that comes to mind to define Noam Sinseau, the new singular voice of contemporary humor. With Makoumé Superstar, he delivers a scorching show—a raw diamond cut from the intimate and polished by unabashed, liberating extravagance. This one-man show far transcends traditional stand-up frameworks. Noam seamlessly blends humor, poetry, and voguing with remarkable ease. Punchlines fly, sharp and chiseled. We laugh—a lot—and feel deeply moved too. On stage, Noam bares himself without pretense, turning the space into a territory of affirmation. He torches social injunctions, gender shackles, and norms that constrain and confine. The term « makoumé, » historically loaded with insult, becomes here a banner, flipped into a poetic weapon. The show is a powerful ode to self-acceptance, tolerance, and freedom. Noam doesn’t seek to provoke; he illuminates, and you leave galvanized, inwardly shifted. Lighter, perhaps. More beautiful from within, surely. With Makoumé Superstar, Noam Sinseau doesn’t just deliver a good show: he asserts a voice. A flamboyant one, yes—but above all, a necessary one.

Potiche : le patriarcat vole en éclats 

Créée en 1980, Potiche s’inscrit pleinement dans l’esprit du boulevard des années 70 : une comédie vive, cocasse, rythmée par les quiproquos et les répliques ciselées. Le texte de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy portait déjà en lui une charge satirique forte. Plus de quarante ans plus tard, cette nouvelle production prouve à quel point son propos demeure actuel. Sous l’apparente légèreté, le message reste d’une force intacte. Potiche raconte la chute d’un système patriarcal sûr de lui et la conquête d’une autonomie féminine longtemps niée. Ce qui pouvait sembler audacieux en 1980 résonne aujourd’hui avec une intensité particulière : les rapports de domination, l’égalité au travail, la visibilité des femmes dans l’espace public sont toujours au cœur de nos débats. Dès les premières scènes, l’énergie folle de la troupe réjouit. Clémentine Célarié incarne une Suzanne lumineuse, dont la métamorphose constitue le cœur battant du spectacle. De femme que l’on croyait « décorative », elle devient stratège, leader, figure d’émancipation. Face à elle, Philippe Uchan compose un mari engoncé dans ses certitudes patriarcales, dont l’assurance se fissure avec délice. Mais la véritable révélation reste Hugo Bardin, alias Paloma. Sa Mademoiselle Nadège est inoubliable. Elle surgit avec un aplomb irrésistible, injectant dans la pièce un grain de folie jubilatoire. Son interprétation dynamite chaque scène qu’elle traverse. 
Drôle, profondément politique sans jamais perdre son sens du divertissement, cette Potiche version 2026 réussit un pari délicat : retrouver l’esprit boulevard des années 70 tout en le faisant vibrer au présent. Une réussite !

Au Théâtre Libre jusqu’au 30 avril 

Created in 1980, Potiche fully embodies the boulevard spirit of the 1970s: a lively, whimsical comedy fueled by misunderstandings and razor-sharp repartee. Pierre Barillet and Jean-Pierre Grédy’s text already carried potent satire. Over forty years later, this new production proves its message remains strikingly relevant. Beneath the apparent lightness, the core strength endures intact. Potiche chronicles the fall of a smug patriarchal system and the conquest of long-denied female autonomy. What felt bold in 1980 resonates with particular intensity today: power dynamics, workplace equality, and women’s visibility in public spaces still fuel our debates. From the opening scenes, the cast’s wild energy delights. Clémentine Célarié shines as a radiant Suzanne, whose transformation forms the show’s beating heart. From « decorative » trophy wife, she evolves into strategist, leader, emancipator. Opposite her, Philippe Uchan plays a husband trapped in patriarchal certainties, his confidence deliciously crumbling. Yet the true revelation is Hugo Bardin, aka Paloma. His unforgettable Mademoiselle Nadège bursts onstage with irresistible swagger, injecting jubilant madness into every scene she electrifies. Funny, deeply political without ever sacrificing entertainment, this 2026 Potiche pulls off a delicate feat: recapturing 1970s boulevard verve while making it pulse in the present. A triumph!

Le Cercle des poètes disparus : carpe diem, l’émotion intacte

Au Théâtre Antoine, l’adaptation scénique du Cercle des poètes disparus s’impose comme une réussite aussi émouvante que fidèle à l’œuvre originale : même souffle humaniste, même exaltation de la liberté intérieure, même tension entre conformisme et émancipation. Dans le rôle du professeur Keating, Philippe Torreton livre une superbe interprétation. Il évite toute imitation et compose un Keating personnel, chaleureux, habité d’une autorité douce et d’une intensité contenue. La mise en scène valorise le jeu collectif d’une jeune troupe portée par une formidable énergie. Les scènes cultes — la montée sur les pupitres, les vers déclamés à voix pleine, les instants de rébellion intime — conservent toute leur puissance dramatique grâce à cette dynamique collective. Pour de nombreux spectateurs aujourd’hui quadragénaires, qui avaient découvert le film à sa sortie, l’émotion se double d’une résonance particulière : ces moments ravivent une mémoire générationnelle, entre nostalgie et redécouverte, et prennent une profondeur nouvelle à la lumière de l’expérience.
Un très beau moment de théâtre, à la fois fidèle, vibrant et profondément humain, qui confirme la puissance intemporelle de cette œuvre et la force du spectacle vivant lorsqu’il touche juste.

Au Théâtre Antoine jusqu’au 26 avril 

At the Théâtre Antoine, the stage adaptation of Dead Poets Society stands as a triumph—profoundly moving and faithful to the original work, preserving its humanist spirit, exaltation of inner freedom, and tension between conformity and emancipation.​ In the role of Professor Keating, Philippe Torreton delivers a superb performance, eschewing imitation for a personal, warm Keating infused with gentle authority and restrained intensity. The staging highlights the young troupe’s collective energy, making iconic scenes—the desk-standing, full-voiced poetry recitals, intimate rebellions—retain their dramatic power. For today’s fortysomething audiences who discovered the film at release, the emotion carries generational resonance: nostalgia meets rediscovery, deepened by life experience. A magnificent evening of theater—faithful, vibrant, deeply human—that affirms the timeless power of this work and the magic of live performance when it hits home.

Zéphyr, un souffle collectif intense

Poétique et organique,  le spectacle prend pour matière première l’air lui-même :dès les premières minutes, les dix interprètes s’élancent comme des rafales coordonnées, se rassemblent en vortex serré, se dispersent en courants contraires avant de converger à nouveau. La chorégraphie repose sur une idée forte : le groupe se meut dans un même souffle. Un geste naît chez l’un, circule, s’amplifie, enfle en bourrasque collective. Inspirée par l’univers maritime du Vendée Globe, le spectacle évoque la traversée et l’endurance. Aucune individualité ne cherche à dominer la rafale. Le groupe avance, recule, tourbillonne dans une même pression atmosphérique. Grâce à une lumière particulièrement bien travaillée, les danseurs apparaissent, disparaissent, surgissent comme des formes portées par un souffle nocturne, créant une ambiance onirique.
Avec Zéphyr, Mourad Merzouki signe une œuvre ample et maîtrisée, où la technique s’efface derrière la fluidité du flux commun. Un spectacle qui emporte le public dans un courant continu de beauté et de liberté.

Au 13e Art jusqu’au 8 mars

Poetic and organic, this show takes air itself as raw material: from the opening minutes, the ten performers surge like coordinated gusts, gathering into tight vortices, scattering in opposing currents, then converging anew. The choreography hinges on a powerful idea: the group moves in a single breath. A gesture sparks in one, ripples outward, amplifies, swells into a collective gust. Inspired by the Vendée Globe’s maritime universe, it evokes crossing and endurance. No individuality seeks to dominate the gale. The group advances, retreats, whirls under shared atmospheric pressure. Masterful lighting makes dancers appear, vanish, surge like nocturnal wind-borne forms, crafting a dreamlike mood. With Zéphyr, Mourad Merzouki crafts a vast, assured work where technique yields to communal flow. A show that sweeps audiences into a ceaseless current of beauty and freedom.

Photographie principale : Bernard Richebé

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CB